Une belle petite histoire d'émojis

Un émoji sourire composé d'autres émojis

D’où viennent les émojis ? Depuis quand existent-ils ? A quoi servent-ils ? Pour comprendre leur utilisation répandue et ce qu’il se cache derrière ces symboles à l’aspect innocent, il est essentiel de revenir sur leur histoire captivante.

Il est d’abord important de distinguer l’émoticône, du smiley et de l’émoji. Un émoticône c’est une suite de caractère. Le plus connu d’entre eux est le célèbre bonhomme qui sourit 🙂 :-). C’est Scott Fahlman, un chercheur américain spécialisé dans l’IA qui lui donnera naissance le 19 Septembre 1982.

Le smiley, lui, peut être considéré comme l’ancêtre des émojis. Le célèbre petit bonhomme jaune existerait depuis bien plus longtemps que l’émoticône. On doit sa création à Harvey Ball, qui, en 1953 détient une société d’assurance et cherche à améliorer le moral de ses employés à travers une campagne de communication interne. Le smiley est par la suite devenu la représentation graphique des émoticônes.

L’émoji est un terme issu du japonais : « e » – image et « moji » – lettre. De l’autre côté de l’Océan Pacifique aussi, le besoin s’est rapidement fait sentir de transposer de l’oral dans l’écrit. Shigetaka Kurita crée les premiers emojis en 1995. Il dessine alors près de 172 pictogrammes qu’il insère dans une plateforme de messagerie. Rapidement, leur utilisation se démocratise et c’est alors que Unicode cherche à unifier les emojis et à créer des standards.

La réponse à un besoin

Il est plus difficile de communiquer à l’écrit qu’en face à face. Car oui le second degré n’est pas seulement une température !  Pour que tout le monde puisse comprendre ce genre d’humour ainsi que les sous-entendus, l’implicite et les doubles-sens, il a fallu ruser. Impossible de traduire ce que la voix et la communication non-verbale peuvent transmettre. Les émojis ont rapidement pris le relais dans les conversations écrites. Véritable outil ponctuant les phrases, nous ne lisons aujourd’hui plus les émojis comme des mots mais comme des vecteurs d’émotions. Ils sont donc plus facilement assimilables à des idéogrammes (qui symbolisent des idées) qu’à des pictogrammes (qui représentent de simples choses comme des objets, des aliments). La transmission des émotions a toujours été importante dans les échanges. Une étude récente (L’impact des émojis sur la perception affective des messages texte d’Olivier LANGLOIS) a montré que les émojis transmettaient majoritairement une énergie positive. Lorsque le message diffusé est négatif, l’utilisation d’une émoji en atténuerait alors sa portée.

L’utilisation des émojis participe aujourd’hui à la construction et à l’entretien des relations sociales ; mais le système des emojis n’est peut-être pas aussi démocratique que ce que l’on peut penser.

Un symbole politique et culturel

Outre les diverses utilisations et significations des emojis, lorsque l’on s’attarde un peu sur le sujet, on découvre que leur production et leur standardisation sont floues. Virginie Bejot, ancienne étudiante en communication au Celsa, y a consacré un mémoire entier (Qu’est-ce que l’émoji veut dire ?) et revient sur les différents enjeux posés par les emojis. Le consortium serait géré par des firmes américaines comme Google, Microsoft ou IBM. C’est pour cela que Virginie Bejot parle d’enjeu de « soft power ».  Chaque culture cherche à y retrouver sa propre grammaire. Depuis leur apparition, les emojis ne cessent de s’américaniser, d’autant plus qu’ils se sont démocratisés en même temps que les appareils Apple. La marque a d’ailleurs été la première à intégrer les emojis dans le clavier en tant que « langue » à part entière. Beaucoup de chercheurs se sont inquiétés de cette nouvelle classification. Considérer les émojis comme un système linguistique reviendrait à appauvrir voire à remplacer le langage.

Les emojis nous servent aujourd’hui à pallier une certaine ambiguïté lors des conversations écrites. Il serait donc plus judicieux de les assimiler à un complément de langage plutôt qu’à un langage à part entière. Malgré tout, ne peut-on pas dire qu’ils représentent une certaine forme de langage universel, pouvant quasiment être compris de tous ? Dans tous les cas, ils représentent un moyen de communication majeur à l’heure actuelle.

Ophélie Gesnot

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