Face aux géants, quel avenir pour les logiciels libres ?

Poignets menottés levés vers le ciel

Souvent mal compris, le monde des logiciels libres se trouve parfois bien malmené par les géants du numérique. Récemment, la plateforme pour développeurs Github est tombée dans les mains de Microsoft. De quoi questionner l’avenir de ce qui est avant tout une philosophie basée sur le partage.

Les logiciel libres, c'est quoi ?

Pour bien comprendre les enjeux entourant la culture du « libre », revenons deux minutes sur ce qu’est un logiciel libre. La définition généralement admise est la suivante : un logiciel permettant aux utilisateurs de l’exécuter, de le copier, l’étudier, le distribuer, le modifier ou encore l’améliorer. Il ne s’agit donc pas obligatoirement d’un logiciel gratuit. En outre, une distinction est à faire entre logiciel libre et logiciel dit « open source« . Par exemple le système d’exploitation Android est distribué en « open source » mais ne peut être qualifié de logiciel libre. Il en va de même pour le navigateur Google Chrome, basé sur Chromium, un moteur de rendu open source. Des distinctions détaillées sont consultables sur le site du système d’exploitation GNU.

Une philosophie souvent malmenée

Interface de GIMP

Au début des années 2000, la culture « libre » caresse les esprits. De nombreux logiciels libres sont alors proposés en alternatives aux solutions propriétaires. C’est à cette époque que naît le projet OpenOffice. Véritable suite bureautique complète, OpenOffice se veut gratuit, modifiable et pensé pour être partagé. Une logique évidemment très différente de celle du mastodonte commercial Microsoft Office. De nombreux autres logiciels équivalents à des solutions propriétaires voient le jour en parallèle. On pense à Gimp pour le graphisme, à Scribus pour la mise à en page ou encore à Mozilla Firefox pour la navigation web. Du côté des développeurs, la plateforme Github, lancée en 2008, permet de partager des projets et de trouver de nombreuses ressources dans un environnement « libre ». Seul « léger » problème, en 2018, Microsoft met la main dessus pour la bagatelle de 7,5 milliards de dollars.

Un avenir serein mais incertain

Github n’est qu’un exemple parmi d’autres. Pendant de longues années, la messagerie instantanée intégrée à Gmail (Google) fonctionnait à l’aide d’un standard dit « ouvert », le XMPP. Ce choix technique et philosophique permettait aux utilisateurs d’utiliser d’autres services de messagerie que celui intégré au service de courrier de Google. Mais en 2015, le géant californien annonce brusquement son intention d’abandonner le protocole de communication. Le but ? Basculer sur « Hangouts » sa nouvelle solution de messagerie… propriétaire. Fini la liberté de choix, les utilisateurs sont alors forcés de lancer Gmail ou l’application Hangouts pour utiliser leur messagerie. Preuve que le libre résiste souvent assez mal aux intérêts commerciaux des géants.

Un combat inégal...

Du côté des utilisateurs, de nombreux freins ont sans doute contribué à freiner l’essor des logiciels libres. Un système d’exploitation tel que Linux est réputé compliqué à installer et à utiliser. OpenOffice n’a pas forcément toutes les options de la suite de Microsoft. Et quand bien même il les aurait, comment lutter quand le géant américain propose gratuitement ses logiciels aux étudiants pendant leurs années d’études ? Une fois embarqué dans les logiques de fonctionnement de Word ou Excel, il devient compliqué de changer ses habitudes. D’autant que l’austérité de certains logiciels libres les empêche de rivaliser avec les interfaces léchées de leurs concurrents propriétaires.

...mais loin d'être perdu !

Wikipédia sur smartphone face à des livres

Aujourd’hui, l’esprit du libre est encore bel et bien là. D’abord dans nos administrations, surtout depuis la circulaire du 19 septembre 2012. Depuis quelques années, le logiciel libre y est fortement recommandé. Ensuite sur le web avec par exemple un projet tel que l’encyclopédie collaborative Wikipédia. Le navigateur Mozilla Firefox permet pour sa part de se passer des solutions propriétaires comme Google Chrome, Edge ou Safari. Et l’on peut même trouver des alternatives à un peu tout sur le site de l’association « libriste » Framasoft. Avec ses 9 salariés et 35 membres, la structure tente, depuis de nombreuses années, de montrer qu’il existe d’autres chemins que ceux tracés par les géants.

Certes, le combat est inégal face aux machines de guerre que sont les entreprises qui contrôlent une grande partie de nos vies numériques. Difficile de proposer une alternative crédible à Facebook, Whatsapp ou Instagram quand des milliards d’utilisateurs utilisent déjà ces plateformes. De la même manière, comment lutter face aux services si efficaces et léchés proposés par Google ? L’initiative « Dégooglisons Internet » de Framasoft a précisément existé pour montrer que tout cela est possible. Mais pour avoir un impact réel et revenir à l’esprit très partageur du libre, il faudra sans doute un peu plus de moyens.

Michel Beck

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